Le Monde vendredi 9/01/2026 – Mattea Battaglia et Camille Stromboni
La mobilisation médicale en cours ne peut que nous interpeler. Portée par l’ensemble des syndicats médicaux représentatifs, elle agrège toute une série de revendications, mais aussi de frustrations profondes face à l’absence d’une politique cohérente en ce qui concerne l’organisation des soins et de la protection sociale. La crainte d’une étatisation de la médecine, la remise en cause du caractère « libéral » de la profession, les rémunérations, mais aussi et surtout le sentiment d’un décalage profond avec les gouvernants et avec l’administration de l’assurance maladie, dont la conception comptable et technocratique de la médecine est unanimement rejetée.
Il y a urgence à une réflexion générale qui redonne du sens à notre système de santé. Elle ne pourra faire l’économie d’une réflexion sur « le qui paie quoi ? ».
L’article analyse les causes profondes de la mobilisation des médecins libéraux, engagés dans un mouvement de grève du 5 au 15 janvier, soutenu par l’ensemble des syndicats.
Cette colère ne se réduit pas à une revendication salariale, mais agrège de multiples motifs de mécontentement.
Les praticiens dénoncent une dégradation continue de leurs conditions d’exercice, marquée par une surcharge administrative croissante.
Ils critiquent notamment la multiplication des contrôles, des indicateurs et des contraintes imposées par l’Assurance maladie.
La question de la rémunération, jugée insuffisante au regard des responsabilités et du temps de travail, reste centrale.
Les médecins libéraux estiment être devenus les boucs émissaires des dysfonctionnements du système de santé.
Ils s’opposent à une logique de pilotage technocratique et comptable de la médecine.
Le projet d’encadrement renforcé des prescriptions et la lutte contre les fraudes sont perçus comme stigmatisants.
Le malaise est ancien mais s’est accentué avec les réformes successives et la pénurie médicale.
La crise touche aussi bien les généralistes que les spécialistes.
Les syndicats alertent sur le risque d’un désengagement durable des médecins libéraux.
Ils redoutent une perte d’attractivité de la profession.
Le mouvement exprime ainsi une crise de confiance entre l’État et les soignants.
Il révèle un système de santé à bout de souffle.
Et pose la question du sens et de l’avenir de la médecine libérale en France.