Le discours du premier ministre canadien Mark Carney à Davos restera, à l’instar de celui de Dominique de Villepin devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, le 14 février 2003, comme un grand moment de dignité et de courage politique, à l’échelle planétaire, et comme une balise face à la montée des impérialismes et des barbaries modernes.
Il faut le lire, le méditer, et s’en souvenir en toutes occasions.
Une balise qui marquera le point de rupture que constitue la seconde présidence de Donald Trump, par sa brutalité bien-sûr, mais parce qu’elle dit du capitalisme lorsqu’il ne s’habille plus de convenances, lorsqu’il se présente dans toute la dureté du seul rapport de force, de la seule loi du plus fort, celle de ses origines.
Ce qui vaut pour le monde vaut pour chacun dans cette grande transformation qui renverse nos sociétés depuis une si longue période et qui fait de « la société de marché » l’alpha et l’oméga des rapports économiques et sociaux.
Un monde où quel que soit l’habillage qu’on lui donne (intérêt du consommateur, liberté, y compris régulation administrative), c’est, au bout du compte, la loi du renard dans le poulailler qui s’applique.
Les injonctions de Mr Carney sont pertinentes, y compris pour nous, mutualistes qui étions des acteurs de la protection sociale solidaire qui sommes devenus en quelques temps des « assureurs de personnes » .
– Nous avons vécu une rupture et qui se poursuit dans les débat actuels sur le financement de la santé et sa répartition entre assistance, solidarité et assurance ;
– Il faut sortir de l’illusion selon laquelle le basculement de la protection sociale complémentaire vers l’assurancialisation serait porteuse d’une quelconque solidarité (voir la gestion de la C2S), offrirait une meilleure couverture sociale (voir la dégradation du contenu des contrats collectifs obligatoires), d’une maîtrise des coûts (voir l’inflation des dépenses complémentaires), d’une meilleure satisfaction client, (voir le désamour grandissant des populations pour leurs « mutuelles » ;
– Même si la tâche est ardue, et le chemin difficile, si l’on veut que la solidarité redevienne un mode opératoire efficace, partagé, compris, il va falloir « compter sur la force de nos valeurs et la valeur de notre force », et par exemple, distinguer clairement les mutuelles qui veulent devenir des institutions financières de celles qui veulent œuvrer sur les territoires, coopérer avec les associations et les collectivités, animer des collectifs de prévention ou d’action sociale;
– La séparation assurantielle entre les activités de couverture et de gestion du risque et les activités sanitaires et sociales, les réalisations, a abouti à la dilution des images, et à la technocratisation des gouvernances mutualistes.
« Vivre dans la réalité, vivre dans la vérité, » pour les mutuelles, c’est nommer et dénoncer ce système assurantiel, c’est dénoncer collectivement la mascarade des appels d’offre dans la fonction publique, c’est dénoncer le détournement des contrats responsables en un système de financement obligatoire de la protection sociale,
Nous ne reviendrons pas sur Solvabilité 2, mais déjà la révision en cours sur la proportionnalité qui constitue une énorme victoire, trop peu valorisée, qui doit être menée à bien, en faisant en sorte qu’elle ne constitue pas une contrainte et un coût supplémentaire pour les mutuelles concernées, doit marquer le départ d’une valorisation systématique des actions solidaires, la recréation de mutuelles de LIII, actrices de terrain, structures d’engagement et de réalisation, une remise en cause par l’exemple des formes seulement assurantielles de la mutualité.
Nous devons retirer l’enseigne de l’assurance de personnes et remettre celle de la mutualité de gestion certes, mais aussi, d’action et de réalisation sur nos devantures et dans notre fonctionnement.