« Crise à la MMJ : la Mutuelle n’est plus viable en l’état, alertent les dirigeants »

« Crise à la MMJ : la Mutuelle n’est plus viable en l’état, alertent les dirigeants »

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Ce qui est étonnant dans cette interview, ce n’est pas le fait qu’un groupe décide d’absorber une mutuelle en difficulté, c’est la violence avec laquelle les dirigeants (anciens et nouveaux) s’expriment publiquement, sans aucune pudeur, sans aucune nuance.

C’est là tout le paradoxe des sociétés de personnes, réputées plus humaines.

Lorsqu’il y a débat, différent et parfois rupture, il ne suffit pas de prendre le pouvoir, d’absorber, il faut attaquer les personnes, discréditer, (souvent de façon peu convaincante) au risque de diviser et donc de morceler le bien commun.

N’est-ce pas là une des limites « ontologiques » des sociétés de personnes, ou une faiblesse de leurs dirigeants ?

Article de Maxime François Publié le 14 avril 2026 dans l’Argus de l’Assurance

La mutuelle des métiers de la justice, candidate malheureuse à la réforme de la protection sociale complémentaire, traverse une période de fortes turbulences. Entre dégradation financière et crise de gouvernance, son président, Jean-Yves Anfray et Clara Pollart-Morlat, directrice générale et de manager de transition, sortent du silence. Ils détaillent pour l’Argus de l‘assurance le plan de remédiation d’urgence, mené entre l’UMG Aésio et la Sgam Aéma, en lien étroit avec l’ACPR. Ils évoquent l’avenir incertain d’une mutuelle en pleine mutation.

Comment résiste MMJ, amputée de son ministère historique ? 

Jean-Yves Anfray. La MMJ subit un choc économique très important. Elle n’est plus viable en l’état. Il faut regarder la situation en face et sortir du déni. Notre portefeuille a fondu pour atteindre 63 000 personnes protégées en santé. Et il s’agit essentiellement de retraités puisque les actifs sont partis chez l’opérateur choisi par le ministère. Avec près de 850 décès par an, on voit bien que la mutuelle ne peut pas s’inscrire dans la durée. D’autant que la mutuelle a fonctionné bien trop longtemps avec des frais de gestion allant jusqu’à 30 % !

Clara Pollart-Morlat. Depuis 2017, les comptes de la MMJ se dégradent de manière structurelle et persistante. En sept ans, elle a perdu près de 16 M €. L’activité de la mutuelle a continué mais n’a pas créé de valeur lui permettant de se développer. Elle n’a pas non plus anticipé le choc de la PSC. Elle est restée sur un même train de vie, avec des frais de gestion trop élevés. Pourquoi rien n’a été fait sur le plan stratégique et le plan social ? Cela fait longtemps que la mutuelle ne fonctionne plus normalement. On peut légitimement s’interroger sur des dépenses dispendieuses, aussi sur la responsabilité des anciens administrateurs. 

Etiez-vous au courant de ces niveaux de frais de gestion ? 

J-Y A. Oui, parfaitement, mais ces niveaux abyssaux m’interrogeaient ! Et à chaque que je posais des questions, le comité des comptes et du contrôle budgétaire me disait qu’il n’y avait aucun souci ! 


Quel est l’avenir de la MMJ ? La mutuelle risque-t-elle de disparaître ?

C P-M. La marque va perdurer mais pas l’activité. Nous sommes en train de travailler à un projet de livre 3 (prévention et action sociale). La MMJ étant affiliée à l’umg Aésio et la Sgam Aéma, l’ACPR demande à ce qu’Aésio puisse prendre le relai sur l’activité d’assurance. Pour sécuriser l’activité de la MMJ durant cette période de mutation, j’ai recruté une nouvelle équipe composée de managers de transition spécialisés dans leur domaine – RH, comptabilité-IT, etc… 

Quelles sont les exigences du superviseur ? 

C P-M. L’ACPR nous demande des comptes et réalise un suivi hebdomadaire de la trésorerie. La MMJ doit garantir qu’elle est en capacité de payer les prestations, les salaires et les dettes. Nous avons des fonds propres qui nous permettent pour l’instant de payer. Mais quand vous perdez deux-tiers de votre portefeuille, cela ne va pas pouvoir durer. Comme nos liquidités ne sont pas immédiates, l’ACPR nous demande également de
sécuriser la trésorerie avec Aésio, qui se porte caution via une convention de trésorerie. L’ACPR exige aussi le transfert de notre portefeuille d’adhérents vers Aésio au 1 er janvier 2027. 


L’ancien directeur général préparait un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Ce projet est-il toujours d’actualité ? Etiez-vous au courant ? 

J-Y A. L’ancien directeur général travaillait dans son coin, avec la complaisance d’une partie de conseil d’administration qui le protégeait tandis que j’étais un président « sous cloche ». Je savais qu’il y avait des travaux préparatoires mais je n’ai véritablement découvert ces travaux que le 6 octobre, lorsque le plan a été présenté. Qui plus est, le PSE ne pouvait être valablement engagé qu’à partir du moment où le conseil d’administration en avait été formellement informé, ainsi que le groupe, ce qui n’a pas été fait. Il est urgent de retrouver une démocratie mutualiste. Une assemblée générale est donc convoquée le 5 mai pour élire un nouveau conseil d’administration de 21 membres. Ils prendront les choses avec responsabilité pour accomplir ne serait-ce que les dispositions qui sont nécessaires pour la sauvegarde de la Mutuelle et éviter la nomination d’un administrateur provisoire.

C P-M. Concernant le volet social lié au transfert de portefeuille, aucune décision n’est actée : PSE, ruptures conventionnelles collectives ou transferts dans le groupe, toutes les options sont ouvertes. Nous ne ferons rien sans le vote du futur conseil d’administration de la MMJ, de l’UGM Aésio, de la Sgam Aéma et sans une concertation étroite avec les partenaires sociaux pour ne pas accroître l’inquiétude légitime des collaborateurs.

Justement, les organisations syndicales décrivent un climat social délétère. Que leur répondez-vous ? 

C P-M. Je n’endosserai pas la responsabilité de la souffrance subie par les salariés depuis des années. Ces derniers se posent des questions légitimes. On peut effectivement s’interroger sur le fait que rien n’a été fait depuis des années aussi bien sur le plan social qu’en termes de stratégie économique. 

Pour répondre à leurs alertes, nous avons également mis en place, dès cette semaine, une psychologue qui intervient sur place de façon anonyme pour accompagner les agents en difficulté ainsi qu’une enquête à venir sur les Risques Psycho sociaux.

Votre double casquette, de directrice générale et de manager de transition, ainsi que le coût que cela engendre, est dénoncé par les organisations syndicales… 

C P-M. Soyons clairs : rien ne laissait présager que je prenne la direction générale lorsque j’ai accepté cette mission. Suite au départ précipité de l’ancien directeur général, il a fallu le remplacer, et la seule personne capable d’occuper ce poste aujourd’hui, c’est moi.
Aujourd’hui, je touche un demi-salaire de DG et des prestations d’un cabinet de conseil pour le travail de transition. Cela ne fait pas deux salaires. En revanche, j’ai bien le double de travail.

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